« De l’art de spoiler », traité à l’usage de l’Ennemi public numéro 1

game_of_thrones_logic_main_characters-441355Chaque semaine, des millions de personnes se ruent sur les sites de streaming pour dévorer Game of Thrones. Parallèlement, un type d’individu rôde pour rendre leur soirée télé beaucoup plus fade : celui qui saura casser tout suspens en dévoilant avant l’heure la fin de l’épisode. Voici les cinq piliers du « spoileur ».

Se délecter d’un épisode de Game of Thrones, programme le plus populaire du moment, mais ressentir une jouissance encore plus intense lorsqu’il s’agit d’estropier le plaisir de ceux qui, justement, n’ont pas encore pu regarder les dernières péripéties de Tyrion Lannister ou autre Danaerys Targaryen. Pour ce faire, il suffit de leur communiquer de façon innocente des éléments cruciaux de l’intrigue. Ceux qui se reconnaîtront dans ce bref descriptif pourront alors être qualifiés d’adeptes du spoiler (de l’anglais to spoil, soit gâcher, abîmer), ici nommés par le terme « spoileurs ». Mais comment s’adonner à cette passion destructrice, n’étant que peu appréciée du grand public, alors que ses pratiquants la considèrent comme un véritable art ?

J.R.R. Martin spoile peut-être. 9gag

G.R.R. Martin spoile peut-être. 9gag

Règle n°1 : Être à la pointe
Tout bon spoileur qui se respecte prendra toutes les dispositions pour être un des premiers à visionner le dernier épisode dévoilé. Couché la veille à 19 heures, levé le lundi matin à 3 heures (la série étant diffusée le dimanche soir aux Etats-Unis), le spoileur se vautre, mug de café à la main, dans son canapé. La télévision, connectée à un flux Internet haut débit, est idéalement préprogrammée sur la chaîne payante américaine HBO, craquée illégalement pour l’occasion. Si tant d’efforts sont nécessaires pour suivre cette règle, c’est pour ne pas devenir le spoileur spoilé. Il faut alors chercher l’information à la source, être le premier en France à découvrir comment les showrunners David Benioff et D.B. Weiss ont adapté les romans de G.R.R. Martin. Une œuvre qu’il conviendra d’ailleurs d’avoir entièrement lue, toujours dans ce souci de ne pas se faire dépasser par plus fanatique que soi. S’il en existe.

Règle n°2 : Fomenter son coup
Rien ne sert de se ruer sitôt le générique de fin déroulé sur les réseaux sociaux pour avertir la Terre entière du rebondissement final. Le spoileur gagnera en finesse et en sadisme s’il sait distiller à petite goutte les informations que, pour l’instant, peu de personnes détiennent. Choisir sa cible, attendre le moment le plus opportun, avant de déclamer son spoil est d’autant plus exaltant. Le spoileur le plus machiavélique est celui qui sait attendre. Surtout qu’il est difficile d’estimer pendant combien de temps une information peut être considérée comme un spoil. Par exemple, est-ce que dire que le Titanic coule à la fin du film de James Cameron est encore à proprement parler un spoil ?


Règle n°3 : Diversifier son attaque
La phrase du spoileur niveau zéro débute par : « Et en fait à la fin… », comme dans un fameux Tumblr. Si cette expression peut faire son petit effet au départ, la routine et l’accoutumance du public à cette attaque peut en revanche la rendre rapidement lassante. Photos, clips, filouteries informatiques peuvent ainsi nourrir le champ lexical du spoileur. À savoir que rester vague et évasif dans son spoil peut suffire à déstabiliser les fans les plus avertis, qui s’imagineront alors toutes sortes de scénarii. Attention ! Ne pas oublier que raconter l’inverse de la véritable chute, du genre « Non, Untel n’est pas mort» est aussi un spoil en soit. Une sorte de torture psychologique pour l’interlocuteur, partagé alors entre croire le spoileur ou non, mais déjà sensibilisé à cette possibilité scénaristique.

Règle n°4 : Multiplier les terrains d’action
Les réseaux sociaux, Twitter et Facebook en tête, sont vraiment des terrains propices à cette activité. Ils présentent les avantages de pouvoir toucher un large panel de victimes, préparé à tout sauf à lire un spoil camouflé dans une masse conséquente de messages. Mais ces vecteurs ne sont pas les seuls lieux d’exercice. Les spoileurs expérimentés ont également pour proie leurs collègues au moment de la pause déjeuner, des inconnus dans les transports en communs ou leurs propres amis en soirée. Chacun peut tirer profit de sa situation sociale pour formuler un spoil plein d’originalité. On retiendra par exemple la technique de ce professeur qui a écrit un spoil sur le tableau pour calmer sa classe d’adolescents mouvementés. Silence assuré.

Règle n°5 : Calmer les ardeurs des insurgés
Las d’être piégés, les non-convertis tentent d’être toujours plus résistants face à la tyrannie des spoileurs. Hormis choisir l’exil, leur seul véritable moyen de défense consiste à avertir dès les premiers mots d’un article/message/discussion/tweet que la suite du propos contient des éléments à forte teneur en spoil. Une technique démagogique qui consiste à satisfaire ceux qui suivent assidûment la série, en leur proposant de débriefer en toute tranquillité, et ceux qui, au contraire, préfèrent passer leur chemin sans dommage pour ne risquer de voir la mèche vendue. Pour couper court à ces vaillantes séditions, il ne reste qu’une solution, commencer une conversation par le spoil lui-même et dégainer de but en blanc : « Moche la mort de J****** B******** dans l’épisode 2 !».

Mathieu Rollinger

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