Archives de Catégorie: Courte échelle

Dépucelage présidentiel

Edito. François Hollande a entrouvert une brèche sur l’espoir. Il est temps de refermer cette rubrique qui en quelques sortes était le carnet de ma première élection présidentielle en tant qu’électeur.

Jeunesse désabusée ou jeunesse plein d’espoir ? – M. Rollinger

« Attendez que la gauche passe, vous allez voir… en 2012« , clamait de façon étrangement prémonitoire Coluche en 1979. Et bien moi, j’ai attendu 2012 pour voir une élection présidentielle en étant réellement concerné, investit du devoir suprême du citoyen: voter. Vues des yeux d’un adolescent, les joutes électorales sont comme un match de coupe de l’UEFA Bilbao-Madrid, intéressantes mais sans passion. Mais c’est quand on vous confie la responsabilité de choisir untel ou untel que l’affaire se corse. Les personnes de mon âge, peuvent en témoigner. Élevés avec la montée du Front National en fond sonore, n’ayant jamais vécu sous le mandat d’un président autre que de droite, du moins en en ayant conscience (nous étions encore innocents en 1995), notre éducation politique n’a pas de quoi nous rendre euphoriques. Pourtant aujourd’hui, les urnes ont montré qu’une partie d’entre nous croit à une autre politique que celle qui dominait jusqu’ici. Peut-être avons nous été déçus ? Peut-être avons nous découvert le stratagème ? Peut-être espérons nous un autre avenir que de devoir se mettre en tête, dès demain, que tous les efforts que nous ferons serviront à rembourser la dette, statistiquement produite par nos aïeux, qui eux ont sacrément profité pendant les 30 Glorieuses ?

Ces doutes, cette rancœur des jeunes envers le monde politicien peut se traduire par trois comportements : la démobilisation en adoptant la politique de l’autruche qui amène à l’abstention, l’espoir de changer la donne en permettant à l’opposition de s’exprimer et proposer son projet, ou s’abandonner aux idéologies de l’extrémisme. A mon sens, une seule est valable. Porter un nouveau mouvement au pouvoir, renverser l’ordre établi, ne pas rester figé face aux difficultés, ne pas avoir le pardon trop facile, ce sont ces valeurs qui doivent nous animer. Le conservatisme n’est pas de notre âge. A nous d’oser, de tenter, d’innover, de se battre pour des idéaux. François Hollande a su s’adresser à la jeunesse, en faire une de ses priorités. Ne nous jetons pas corps et âme dans le culte de ce président si différent de l’ancien. Mais, il faut croire à ce que les lignes peuvent maintenant bouger. Profitons-en, parce que la prochaine fois, nous ne serons plus les rookies de l’élection. La magie sera passée, l’émerveillement aura disparu et nous devrons voter pour celui qui nous accordera le plus d’exonération d’impôt parce qu’il faudra rembourser le crédit de la maison.  Attendez que la droite revienne, vous allez voir… en 2022.

Hope - T. Campagne

La jeunesse espérant ne plus être désabusée – Crédits : T. Campagne

Mathieu Rollinger

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Le Front de Gauche prend le Prado

Qui grimpera sur l’autre pour franchir le mur ? Le soutien sera-t-il fiable ? En sortira-t-on par le haut ? A l’approche de l’élection présidentielle, cette nouvelle rubrique a pour vocation de répondre à ces questions. Découvrez les différents candidats, mais aussi les temps forts des élections précédentes.

A une semaine du premier tour de l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon avait donné rendez-vous, samedi 14 avril, à ses troupes sur les plages marseillaises. 120 000 personnes réunies selon les organisateurs. Reportage.

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Photos Mathieu Rollinger

(Article Lyonmag.com)

Le rendez-vous était fixé à 7h45 entre le stade de Gerland et le Palais des Sports. Dès 7h15, les premiers sympathisants se retrouvent sur le trottoir en face du stade. « C’est ici pour Mélenchon ? » demande un jeune homme qui lit le Manifeste du Parti Communiste. Les trois autocars affrétés par la fédération rhodanienne arrivent enfin. Les responsables procèdent à l’appel, chacun monte dans son bus. Dans le car numéro 1 comme dans les autres, avant de partir, les passagers scotchent consciencieusement des affiches de Mélenchon et du Front de Gauche aux vitres et sur le pare-brise arrière. « Le visage de Jean-Luc collé sous l’issue de secours, c’est un vrai symbole » s’enthousiasme un militant fier de son emplacement. Le départ est donné à 8h par Eleni Ferlet, candidate du Front de Gauche pour les législatives de juin dans la 3e circonscription du Rhône. A l’arrière du bus numéro 1, deux jeunes femmes et un jeune homme tentent de finir leur nuit. A l’avant, un couple plus âgé revêt les bonnets phrygiens qui ont déjà servi pour le rassemblement de la place de la Bastille à Paris le 18 mars. « Je suis content de venir cette fois encore, à la Bastille j’avais adoré ! » lance Christian, un éducateur de rue de Vaulx-en-Velin à la retraite. Après une première pause pipi qui permet à des bus de la Drôme de rejoindre le convoi, les 3 bus lyonnais font halte sur l’aire de Montélimar. Les sympathisants se dégourdissent les jambes, échangent autour d’un café et discutent avec d’autres Lyonnais supporters du LOU en route eux vers Montpellier pour le Top 14. Les programmes du Front de Gauche, vendus 2 Euros, s’arrachent.

Revigorée par cet arrêt, Eleni Ferlet s’approche d’un groupe de Villeurbannais avec un livret de chants. Ils entonnent joyeusement L’Internationale (en entier), puis Corentin, très en forme, se lance dans les couplets d’On lâche rien, un des hymnes de la campagne dont les refrains sont repris par les autres passagers. « Après le meeting de Villeurbanne (devant 10 000 personnes le 7 février), la campagne a pris un autre tournant. On a vraiment vu que les idées de Jean-Luc Mélenchon étaient accueillies favorablement et qu’un engouement se créait autour de sa candidature explique la responsable lyonnaise. La Bastille, où nous sommes aussi montés, a été un très grand moment« . Ce ne sont pas les coups de klaxons amicaux et les pouces tendus des chauffeurs de poids-lourds et de certains automobilistes croisés sur l’A7 qui contrediront ce phénomène. Le paysage commence à changer. Vers 11h, le convoi arrive en Provence, il fait beau, les roches saillantes bordent l’autoroute, puis se dessine l’étang de Berre et ses raffineries, et enfin le port de Marseille, couronné par la Bonne-Mère. Tout le monde regarde les rues, s’extasie devant le linge qui pend aux fenêtres, s’amuse des coucous timides des Marseillais et constate que le rassemblement a été plus qu’affiché en ville. Premier contact avec les autres participants durant la traversée de la place Castellane, où plus aucune chaise en terrasse n’est libre. Le rendez-vous doit se faire sur le rond-point du Prado, tout proche du Stade Vélodrome, mais il y a là des travaux. Le bus dépose donc ses passagers sur l’avenue du Prado. « Il fait beau, on n’est pas bien là !« , hurle un local en saluant les Lyonnais qui se parent de leurs lunettes de soleil. Le groupe du Rhône commence à se disperser sur la large avenue bordée d’arbres sur laquelle les salariés d’une usine Lipton menacée de fermeture près de Marseille manifestent déjà. Eleni Ferlet et une dizaine d’autres décident d’aller acheter un sandwich. Ils le mangent à une terrasse de la rue Paradis, avec une bière, en regardant le défilé où déjà les premiers fumigènes sont craqués. « C’est fou, à chaque réunion que l’on fait au parti il y a à chaque fois 10 nouveaux venus. Il se passe un truc, les gens commencent à comprendre que cela ne peut plus durer comme ça, ils veulent du changement« , raconte Eric, un militant de Villeurbanne. « On sent vraiment l’engouement populaire qui manquait à la Gauche« , poursuit Claude, lui aussi de Villeurbanne. Après la pause, difficile de garder le contact avec le groupe, car la foule commence à être dense, notamment à l’approche de la statue du David qui clôt l’avenue, une statue recouverte de banderoles sur laquelle un homme danse drapeaux à la main.

Les Lyonnais arrivent finalement sur la plage du Prado, séparé du front de mer par une étendue d’herbe. Un groupe est déjà sur l’estrade et fait patienter l’assistance en musique. Beaucoup vont voir la mer, à une centaine de mètres de là, certains s’allongent sur l’herbe, d’autres, déjà, agitent des drapeaux en tous sens. L’attente, qui durera près de deux heures, est comblée par de petits films présentant la vision de la dette par le Front de Gauche, l’action des banques et l’idée d’une 6e République. La porte parole de Jean-Luc Mélenchon, Clémentine Autain, prend ensuite la parole pour chauffer l’assemblée qui est regroupée devant l’estrade et massée derrière les 3 écrans géants installés sur le site. C’est ensuite au tour de Pierre Laurent de prendre la parole. Le secrétaire nationale du PCF est très véhément, il remporte un franc succès auprès de la foule, mais ce n’est rien par rapport à la clameur qui monte quand l’animatrice du Front de Gauche annonce que 120 000 personnes sont présentes (chiffre impossible à vérifier car la préfecture de police ne donne pas de chiffres en période électorale). En tout cas sur les écrans, la marée humaine qui emplit la plage est massive. Jean-Luc Mélenchon arrive alors, ovationné. Dans son discours qui durera une heure et vingt minutes, le tribun fera une déclaration d’amour à la Méditerranée toute proche, fera l’apologie du métissage, raillera ses adversaire qui se mettent eux aussi à la « mode » du meeting en plein air, attaquera les journalistes avant de déclarer que la presse est un des piliers de la République, et lancera l’idée d’un droit de véto des représentants du personnel sur les licenciements collectifs et les restructurations. Comme d’habitude, le meeting se termine par L’Internationale et La Marseillaise reprises par toute la plage dans un magma de drapeaux et autres banderoles brandis par presque tous les 120 000 spectateurs.

L’opération retour au bus commence alors pour les Lyonnais, dispersés de part et d’autre du site. « J’ai trouvé Mélenchon un peu moins bon que d’habitude, mais l’important c’est que les gens comprennent qu’il faut en finir avec la finance« , réagit Christian qui a retrouvé le bus, stationné parmi des dizaines d’autres devant les sièges des banques de l’avenue du Prado. « J’avais voté pour Bové en 2007, je voterai Mélenchon en 2012« . « Moi je n’avais pas pu venir à la Bastille, continue un militant de Brignais venu avec une cravate rouge, mais même si j’ai un peu mal aux jambes à force de piétiner, j’ai trouvé ça très bien. » La Ville de Marseille n’ayant pas jugé opportun de couper la circulation sur l’avenue du Prado, l’écoulement de la foule a pris beaucoup de temps et le départ des bus en a été retardé. Certains Lyonnais avaient prévu le coup et sont rentrés en train (avec plus d’une heure de retard pour le TGV de 20h14), à l’image de ce jeune couple d’amis en seconde classe : « Hollande, Sarkozy, je trouve qu’ils n’ont en fait pas vraiment d’idées.  Mélenchon, lui, il a les couilles d’en avoir« , explique à son voisin une jeune femme en se lovant dans son drapeau du Parti de Gauche. Les passagers du train, au courant du rassemblement dans leur ville, demandent à ceux sur qui le rouge est visible combien de personnes y ont assisté. Quand on leur répond qu’elles étaient environ 120 000, ils sont à peine surpris, preuve qu’à défaut, peut-être, de passer au second tour, Jean-Luc Mélenchon aura indéniablement été un véritable phénomène de société dans cette campagne.

Sébastien Iulianella

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Arthaud attend l’égalité de temps de parole pour exister aux côtés de Mélenchon

Qui grimpera sur l’autre pour franchir le mur ? Le soutien sera-t-il fiable ? En sortira-t-on par le haut ? A l’approche de l’élection présidentielle, cette nouvelle rubrique a pour vocation de répondre à ces questions. Découvrez les différents candidats (et aussi sur LyonMag.com), mais aussi les temps forts des élections précédentes.

Depuis la dépose de ses 500 signatures, Nathalie Arthaud peut compter sur l'égalité de temps de parole pour peser dans la balance - Photo l'Express

La candidate de Lutte Ouvrière « répondra à toutes les invitations » pour utiliser au mieux le temps de parole qui lui sera attribué de façon égalitaire avec les autres candidats, à partir du 20 mars.

Sa campagne peine à décoller, ne dépassant pas 1% des voix dans les sondages, et est mise à mal par la progression de Jean-Luc Mélenchon. Mais la conseillère municipale de Vaulx-en-Velin ne désespère pas pour autant. Désormais, les médias seront tenus de respecter la parité entre les différents candidats quant à la durée de leurs interventions. « Je suis ravie, ce qui est sûr c’est que je serai plus entendue, se réjouit la successeuse de Arlette Laguiller, impatiente de défendre ses idées. Il faut que je puisse exposer ce que je pense vraiment« . Mais cette seule redistribution des cartes ne garantit en rien une progression dans les intentions de vote. « On verra après la campagne, moi je ne lis pas dans le marc de café« , préfère-t-elle relativiser. Dans sa tasse, la trotskiste peut apercevoir sans difficulté l’émergence d’une force renaissante, entre la gauche socialiste et l’extrême-gauche. « A la gauche du parti socialiste, il y a toujours eu le courant du parti communiste. Jean-Luc Mélenchon représente celui-là, reconnaît-elle. Moi je représente un autre courant : le courant communiste révolutionnaire qui pense que le sort des travailleurs change par les luttes, les mobilisations et pas par des changements de gouvernement« .

Mélenchon joue sur un autre terrain

La Rhodanienne est actuellement sérieusement menacée par la capacité du candidat du Front de Gauche à réunir à gauche de la gauche. Mais pour Nathalie Arthaud, elle et son concurrent ne se marchent pas sur les pieds, ayant chacun deux registres différents. « On met tout et n’importe quoi dans la gauche, tient-elle à clarifier. Il y a la gauche gouvernementale et il y a l’extrême-gauche pour un changement de fond en comble de la société qui n’a pas envie de gérer ce système capitaliste dominé par les puissances de l’argent. Je ne m’inclue pas dans la gauche. On représente autre chose, une autre perspective, une autre politique« . Et les électorats sont aussi bien distincts, même si LO reste minoritaire. « Jean-Luc Mélenchon rassemble dans son électorat ceux qui croient au retour d’un gouvernement de gauche. Je m’adresse à un autre électorat : aux travailleurs qui n’ont pas envie de se bercer d’illusion« . Cette illusion qu’elle dénonce, c’est en partie la VIe République voulue par le Front de Gauche qui a fait l’objet d’une grande marche dimanche 18 mars à Paris. Ce que Mélenchon a présenté à la Bastille, c’est pour elle « une république qui sanctuarise cette propriété privée des moyens de production, des grandes banques, des grandes chaînes de distribution. Nous ne voyons pas en quoi cela va bouleverser et résoudre le problème des travailleurs. Pour nous, il ne faut pas une révolution citoyenne, mais une révolution sociale« . Une révolution qu’elle aura tout loisir d’évoquer plus souvent sur les plateaux télévisés ces prochaines semaines.

Mathieu Rollinger

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Un dîner (presque) parfait avec JM Le Pen ?

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Le Pen à table – Photo M. Rollinger

Ce vendredi soir, tout le gotha régional du Front National s’est réuni à Oullins (69) autour de son président d’honneur pour son « banquet patriote » et pour soutenir la fille Marine. Une façon de déguster le FN à toutes les sauces.

Les 250 militants frontistes ont bravé les manifestants antifascistes, « ces imbéciles porteurs de drapeaux rouges, ces descendants des guillotineurs de 1789«  . Jean-Marie Le Pen et Bruno Gollnisch ont réussi à atteindre vers 21 heures la salle des fêtes du parc Chabrières, avec un certain retard dû au blocage du centre d’Oullins par « la garde de Mélenchon«  . Pour passer le barrage de CRS et l’escouade du service d’ordre du Front National, il fallait « montrer patte blanche«  , comme a lancé un des hôtes, dans un grand éclat de rire. Véritable prophète en son pays, l’arrivée de Jean-Marie Le Pen se transforme en véritable ovation. Christophe Boudot, secrétaire fédéral rhodanien, a la responsabilité de souhaiter la bienvenue à tout son monde et de lancer les hostilités avec une copieuse salade périgourdine. Chaque convive a droit à une idée du programme électoral inscrit sur un bout de plastique, glissé sous la miche de pain. « La laïcité doit redevenir une valeur au cœur du projet républicain » , par exemple. Avec ça, sûr que le veau aux girolles n’est pas halal. Plusieurs générations garnissent l’assemblée, preuve de l’hétéroclisme de l’électorat de Marine Le Pen. Certains sont des soutiens de la première heure. Guy raconte son parcours idéologique : « Je suis socialiste au départ, mais le virage patriote a eu lieu dans les années 81-82« . Avec sa femme, il est venu « pour rencontrer ceux qui défendent nos intérêts et notre point de vue » .

Les parrainages, bluff ou réelle anxiété ?

Les serveurs s’activent lorsque Bruno Gollnisch monte sur l’estrade. Ce qu’il annonce à la tribune semble traduire l’état d’esprit dans lequel se trouve la majorité de ses auditeurs. Le Front National est un parti qui a confiance en sa force. Mais il est en proie au doute au moment où la quête élyséenne est encore conditionnée par l’obtention des 500 parrainages. « Nous avons un ministre des affaires étrangères, Monsieur Juppé, qui déplore que la candidature d’un chanteur (ndlr – Youssou N’Dour) n’a pas été validée au Sénégal, constate l’historique bras-droit de Le Pen père. Il devrait plutôt se préoccuper d’abord de la démocratie en France ! » . Et cette inquiétude masquée d’indignation est partagée autour des tables drapées de bleu-blanc-rouge. « Si notre candidate ne peut pas se présenter, je prendrai un bulletin au hasard, je rayerai le nom et j’écrirai Marine Le Pen au verso«  , menace Stéphane, militant originaire de Gap. La tension redescend à l’arrivée du gratin dauphinois.

Le One Jean-Marie Show

Pendant que l’attention est portée sur les assiettes qui défilent, le fondateur du FN fait discrètement son apparition sur scène. Tout le monde lâche couteaux et fourchettes pour mieux applaudir celui qui participe à sa huitième joute électorale, dont sept en étant candidat. Si ce n’est pas lui qui est placardé sur les affiches, ses premières phrases ont tout d’un discours de campagne. « Nous sommes engagés dans une bataille décisive » s’exclame-t-il. Lui aussi revient sur le problème que lui pose le parrainage des maires : « A ceux qui ont peur de perdre leurs subventions, je leur réponds ‘Votre futur imam s’en chargera’ « . Entre fromage et dessert, il tire le portrait de nombreux adversaires. « Hollande n’est pas facile à cerner, disserte le leader frontiste. C’est quelqu’un d’ectoplasmique et un substitut à Strauss-Kahn. DSK, c’est celui qui représentait le mieux ce parti socialiste mais il s’est pris les pieds dans le tapis de la salle de bain. Il est le phénix des hôtes de ces bois » . Patrice, un militant quadragénaire, glisse : « Si DSK passait, je serais parti au Canada ! Avec la réputation qu’il a, merci pour l’image de la France…« . Pour Jean-Marie Le Pen, Nicolas Sarkozy « a le culot que n’a pas un marchand de bretelles sur le marché » . Les spectateurs semblent apprécier le ton piquant du chansonnier qu’est à cet instant Le Pen.

Quand Bachar Al-Assad et Gabriac s’invitent

Photo M. Rollinger

Trêve de rigolade, il est temps de revenir aux bases du discours du FN : immigration, protectionnisme, sécurité et patrimoine. Un silence religieux accompagne l’hommage rendu aux harkis, en réponse au discours de Nicolas Sarkozy à Nice le jour même. Cette torpeur s’éternise lorsque le massacre des Vendéens est remémoré : « Il est plus facile de parler des autres génocides que des nôtres » remarque-t-il, en référence au débat sur le génocide arménien. Par ailleurs, la grande tolérance diplomatique de la France verrait le pays accepter un trop grand nombre de réfugiés politiques. « On veut intervenir contre des dictateurs, comme Bachar Al-Assad en Syrie qui se bat contre une armée de déserteurs, déclare le nationaliste. Mais après on s’étonne de voir des Tunisiennes à petites jupes venir dès la charia instaurée » . Pour lui, le problème en France est que « l’étranger est mieux traité que les nationaux » . Voilà comment finir le repas sur une note sucrée. Le retraité politique Jean-Marie Le Pen a gardé son sens inné de la phrase bien sentie. Les vieilles habitudes ne se perdent pas, surtout lorsqu’apparaît Alexandre Gabriac sur les coups de 23 heures, rejoignant les représentants d’un parti qui l’a banni pour son extrémisme.

Mathieu Rollinger

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Hollande « au-dessus de la mêlée » ou flippé de se mouiller ?

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François Hollande face à son auditoire lyonnais - Photo Mathieu Rollinger

Le candidat socialiste à la fonction suprême a tenu un discours généraliste à Lyon. Il a évoqué un large éventail de son programme, au risque de rester très schématique et moins incisif.

Les 12 000 personnes ayant convergé vers le Palais des Sports de Gerland ont eu le droit au déballage du catalogue des propositions de François Hollande. Pendant 80 minutes, le Corrézien a pu revenir sur les grands axes de sa campagne. On l’attendait sur la jeunesse et l’enseignement, alors que l’UMP leur taille la veine cette semaine. Une stratégie à l’opposé de son principal adversaire Nicolas Sarkozy. Celui qui en 2007 « avait tant promis, mais si peu tenu » mise lui sur le story-telling, le faux suspense et son crédo « un jour, une proposition« . Son aspirant successeur a dévoilé les grandes lignes de son programme depuis un moment, lors de son premier grand meeting au Bourget le 22 janvier. « Mon projet, tout le monde le connaît, se rengorge l’ex-premier secrétaire socialiste. Alors que lui, son programme, c’est son bilan« . Pouvoir d’achat, contrat générationnel, enseignement, égalité des sexes, tranche de 75% d’impôt pour les plus riches, tous les grands tubes du socialiste passent à la tribune. Celui qui se présente comme un candidat rassembleur se retrouve à ratisser sur un rayon très large, cherchant à ne mécontenter personne. Mis à part Nicolas Sarkozy, l’extrême-droite, les riches et le monde de la finance, on peine à identifier qui sont les obstacles au changement qu’il souhaite. Les Verts ? Il a largement fait la promotion de la sortie du nucléaire, d’un grand plan d’isolation des bâtiments, et de la transition énergétique. Le MoDem ? Comme François Bayrou, le socialiste a abondé dans le sens d’une moralisation de la classe politique, avec l’interdiction du cumul des mandats, un président justiciable, baisse de 30% des salaires de l’exécutif national. Les corps intermédiaires qui gênent le candidat de l’UMP ? Il a réaffirmé la prépondérance du rôle des syndicats, de la presse et de l’administration. Même Angela Merkel et l’hégémonie allemande ne semblent pas lui faire peur :  « On me dit : ‘Comment allez-vous pouvoir négocier avec l’Allemagne alors que votre prédécesseur n’y est pas arrivé ?’ Moi je leur réponds ‘C’est pour cela qu’on en change’ ! ».

Le changement dans le sens du poil

A contrario du président  « défenseur des privilèges« , la solidarité et la cohérence sont des mots clés affichées dans le vocabulaire de François Hollande. Et ce jeudi soir il a semblé vouloir ne froisser aucun des spectateurs. Tout le monde en a eu pour son argent. Hollande a exprimé son respect auprès de ceux « qui servent la France sur des théâtres d’opérations difficiles« , ceux qui par « le talent, la culture et le sport représentent notre pays« . Il rend hommage « aux ouvriers de la sidérurgie qui aujourd’hui se battent pour garder leur outils de travail, aux professionnels de la santé qui permettent à chacun d’être soigné, aux chercheurs qui par la qualité de leurs travaux nous permettent de vivre mieux, aux fonctionnaires qui défendent le service public« . Il faut néanmoins reconnaître qu’au-delà ce caractère favorable au compromis, le leader du parti à la rose s’est montré intraitable avec ses ennemis. Nicolas Sarkozy, qui a « abîmé les piliers de la République« , en a pris pour son grade. « Il se vante de nous avoir fait éviter le pire, mais il avait promis le meilleur » diagnostique le député corrézien, avant d’appeler ses militants « à ne pas céder à la violence verbale« . A destination du Front National, il déclare « le patriotisme, c’est aimer les autres, le nationalisme, c’est se méfier des autres« . Ce qui se joue à Bruxelles ne lui convient pas vraiment, oubliant « la croissance et l’emploi« . « Les décisions prises depuis trois ans sont insuffisantes, incomplètes et impropres à régler la crise qui nous a frappés, regrette Hollande. Ce traité ajoutera de l’austérité à l’austérité« . Un meeting qui lance une « dynamique qui deviendra irrésistible« . A la sortie du Palais des Sports, un jeune sympathisant fait le débriefing : « Moi j’ai trouvé ça bien, même si il y a des points sur lesquels je n’était pas d’accord avant et avec lesquels je ne le suis toujours pas, mais je pense voter pour lui« . Le message est visiblement bien passé.

Mathieu Rollinger

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Les troupes du PS préparent le terrain lyonnais pour Hollande

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François Hollande sera en meeting le 1er mars à Lyon. A suivre... - Photo: PS69

A deux mois des élections, le député socialiste et économiste émérite publie un essai économique pour mettre Nicolas Sarkozy face à ses incohérences. Un livre qui ouvre le défilé des socialistes à Lyon avec pour point d’orgue le meeting de François Hollande jeudi.

Quand le candidat à l’élection présidentielle entrera sur la scène du Palais des Sports de Gerland, il pourra bénéficier du boulevard que lui auront tracé ses camarades durant la semaine. Avant la venue de Jean-Marc Ayrault mercredi, c’est Pierre-Alain Muet qui se charge de poser la première pierre.  Le député de la seconde circonscription du Rhône présente ce lundi son ouvrage Contre-vérités et tristes réalités des années Sarkozy. Il s’agit d’une mise en image de toutes les contradictions qui existent entre le candidat UMP de 2007 et le président de la République en exercice. Les phrases qui ont fait le succès de Nicolas Sarkozy et qui sont restées dans les imaginaires collectifs sont ici mises à mal par les statistiques sur lesquelles l’ex-conseiller de Lionel Jospin s’appuie.

P-A Muet - Photo : Wikipédia

Sous couvert que l’on ne peut pas mentir avec les chiffres, il prend un malin plaisir à déconstruire tout l’argumentaire de campagne de 2007 du candidat UMP, qu’il n’hésite pas à resservir cette année. Quand l’un clame à Charleville-Mézières il y a cinq ans « Travailler plus pour gagner plus« , l’autre répond qu’un Français travaille 2,3 heures de plus par semaine qu’un Allemand alors que le chômage hexagonal dépasse pourtant de 4 points celui des Germaniques. Si Nicolas Sarkozy se voulait le président du pouvoir d’achat, Pierre-Alain Muet l’incrimine d’être celui qui a fait le plus baisser la capacité de consommer des Français, preuves à l’appui. Dans son ouvrage, le socialiste évoque aussi d’autres sujets économiques et sociaux sur lesquels le président a failli : dette, bouclier fiscal, paradis fiscaux, TVA sociale, règle d’or…

Mais malgré ces sévères remontrances, on ne perçoit que trop peu de propositions qui auraient pu ou pourraient dans un futur proche améliorer la situation de crise connue en France. Peut-être ne veut-il pas mâcher le travail à son leader, qui aura l’occasion de s’expliquer sur son programme à Gerland ? Le livre tend plus à montrer que le mandat de Sarkozy a été parmi les gouvernements de droite depuis 1993 le plus mauvais d’entre eux, alors que ceux de Mitterrand et de Jospin avaient au contraire permis de se ressaisir un peu dans ce marasme économique. « Les idées fausses peuvent aider à se faire élire… pas à gouverner » sous-titre Muet (sans mauvais jeu de mots en cette période d’oscarisation de The Artist) sur la quatrième de couverture. Avec cette maxime, il vise bien sûr le Neuilléen, mais pourrait aussi s’avérer être un conseil pour François Hollande pour arriver à ses fins !

Mathieu Rollinger

Référence : Pierre-Alain Muet, Contre-vérités et tristes réalités des années Sarkozy, Les Essais, Fondation Jean Jaurès, février 2012, Paris, 129 pages. En vente 6€ dans quelques librairies ou en téléchargement gratuit sur le site de la Fondation Jean Jaurès. 

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Un standard électoral remixé par Sarkozy

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NS 2012 - Crédits UMP

L’affiche électorale, assortie du slogan, est l’objet central d’une campagne électorale, donnant le ton à celle-ci. Le candidat à sa propre réélection a dévoilé la sienne mercredi dernier, qui rappelle de façon étonnante celle de deux autres présidents candidats à leur réélection : la photographie de Mitterrand en 1988 et le slogan de Giscard en 1981.

Une punch line revancharde

« La France Forte« . Tel est le point de vue du président de la République sur le

pays qu’il remettra aux mains des électeurs en mai prochain. Et c’est avec beaucoup de surprise que les historiens politiques et les communicants ont découvert mercredi matin le slogan qui est sensé reconduire Nicolas Sarkozy à son poste. En effet, celui-ci a décidé d’emprunter une partie du slogan que Valéry Giscard d’Estaing avait inscrit en haut de son affiche électorale pour le second tour de l’élection de 1981, « Il faut une France forte« . Étrangement, le président-candidat a tout misé sur un choix qui s’est avéré peu efficace : VGE dû abandonner l’Elysée au socialiste Mitterrand. Mais ce qui étonne dans cette phrase, c’est que l’on ne sait pas si la France est forte grâce à l’action du chef de l’Etat actuel ou si elle est amenée à le devenir en cas de réélection de celui-ci. Le premier cas de figure ne paraîtrait pas en adéquation avec la réalité : le pays cherche à rattraper son voisin allemand sur la scène européenne, est perdu sur la scène diplomatique (un difficile retrait d’Afghanistan, l’ancien soutien à Ben Ali…), connait une crise économique, sociale et morale importante et vient d’être dévalué par l’agence de notation Standard&Poor’s… Autant dire que le pavillon tricolore ne flotte pas fièrement. Mais Sarkozy veut faire croire qu’en 5 ans, il n’est pas possible de tout accomplir et que ce n’est qu’une étape vers une France forte, sous condition de sa victoire en mai. A voir…

A la recherche du Graal mitterrandien

Mitterrand est devenu un symbole présidentiel, une icône que se disputent les différents courants de gauche mais aussi la droite. Il n’est donc pas étonnant de voir Nicolas Sarkozy adopter la même posture sur cette affiche que François Mitterrand en 1988. Le regard vers l’horizon, donc tourné vers l’avenir et fort de son passé. Le tout sur un fond bleu, auquel Sarkozy y ajoute la mer (Égée, en clin d’oeil aux Grecs) et une éclaircie qui illumine son visage. Il s’avère au final qu’il s’agit d’une récidive. En effet, le candidat UMP avait adopté les mêmes codes que Tonton Mitterrand pour son affiche de 2007, comparé à « La Force tranquille » de 1981. Cette fois-ci, la référence choisie a soldé toutes ses campagnes par une victoire.

Quoi qu’il en soit, cette affiche de campagne a déjà fait l’objet de nombreuses parodies sur internet : « La France morte » ou « La Francfort » surmontant le fond marin où coule le Costa Concordia ou patauge le Mr Toutnu de la Redoute.

Mathieu Rollinger


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Professeur Mélenchon choisit les « barbares »

Qui grimpera sur l’autre pour franchir le mur ? Le soutien sera-t-il fiable ? En sortira-t-on par le haut ? A l’approche de l’élection présidentielle, cette nouvelle rubrique a pour vocation de répondre à ces questions. Découvrez les différents candidats (et aussi sur LyonMag.com), mais aussi les temps forts des élections précédentes.

Villeurbanne, le 7 février 2012 – Le candidat du Front de Gauche a livré une prestation remarquable et remarquée par les militants venus en nombre. « Du jamais vu pour un meeting de la vraie gauche« .

Mélenchon à Villeurbanne – Photo M. Rollinger

Hollande a eu son Bourget, Mélenchon son Double Mixte. Envahie par près de 10 000 militants, partisans ou simples observateurs, l’espace Double Mixte devait effectivement être « le seul endroit de France métropolitaine où il ne fait pas froid« , comme l’a fièrement clamé la maîtresse de cérémonie. En effet, la ferveur n’a cessé de s’intensifier au fil des minutes, face à l’imminence de l’arrivée de Jean-Luc Mélenchon à son pupitre. Les drapeaux CGT et Front de Gauche flottent à l’unisson, les ouvriers d’Arkéma sont coiffés de leur casque de chantier, les étudiants claironnent dans les vuvuzelas magentas. Certains ont choisi de déboucher une bouteille et de partager un bout de saucisson pour passer le temps. Les cheminots, Lejaby et Véninov ont aussi répondu présent. Chacun est venu ici pour trouver ses réponses. Valérian, étudiant en science politique, « est là en tant qu’électeur, pour observer« . « Je n’attends pas de nouveauté, Mick, sexagénaire de la Loire, mais je suis là pour me faire du bien, entendre ce que j’ai envie d’entendre« . « On est venu lui apporter notre soutien comme lui nous soutient« , rapporte Julien, salarié d’Arkéma à Saint-Fons. La foule s’impatiente pendant que des titres de Manu Chao ou Zebda sont crachés dans les haut-parleurs.

Il est 20h20, le show est lancé. A peine arrivé face aux micros de la scène, Mélenchon souligne le caractère inédit du meeting : « c’est la première fois qu’on en fait un sur deux étages !« . En effet, le candidat, victime de son succès, a dû aller saluer les 6 000 personnes installées dans la salle basse du complexe, avant de naviguer dans la foule et monter les marches de la grande scène installée dans la salle du haut et ses 4 000 têtes. Et ceux-là sont remontés. Danielle Obono, représentante du mouvement Convergences et Alternatives, et Pierre Laurent, secrétaire national du Parti Communistes, venus épauler leur candidat, n’ont pu prononcer le nom « Sarkozy » sans déclencher une horde de sifflets et de huées lors de leur intervention. Ici, les « Résistances » sont scandées en lieu et place des habituels « Mélenchon Président ». Et ce n’est pas pour déplaire au représentant de la gauche unie pour les élections présidentielles, abhorrant le culte du chef. On l’a compris, pour Mélenchon, c’est le collectif qui prime, alors qu’il se contredira quelques minutes plus tard, voulant calmer la foule dans son style si particulier : « Y’en  a un qui parle, c’est moi. Maintenant écoutez-moi et prenez des notes« . Les belles phrases de façades sont rapidement éclipsées par la personnalité débordante de l’eurodéputé.

Un discours maitrisé et incisif

Photo M. Rollinger

Le candidat du Front de Gauche est un réel show man, maître dans l’art oratoire et manieur de mots hors pair ! Durant près d’une heure et demie, il va enfin pouvoir dérouler son discours, sans obstacle. Il faut dire qu’ici, il prêche dans sa paroisse. Désormais, tous les yeux sont rivés vers la scène ou vers les deux écrans géants. Il commence avec un petit tacle bien senti pour les journalistes, ne laissant que trop peu de temps de parole à son parti : « Ne comptez que sur vous-même. Le premier média, c’est le peuple lui-même« . Le logement, l’écologie, la condition des femmes, les relations franco-allemandes, le revenu minimum, la retraite, tout y passe. Alors qu’il est critiqué parce qu’il adopterait un langage trop intellectuel pour les classes populaires, l’ancien professeur utilise constamment des images facilement identifiables. Il se montre très pédagogue lorsqu’il s’agit d’expliquer pourquoi la législation du travail vaut mieux que le contrat, recommandé par les socialistes. C’est d’ailleurs une autre particularité de son discours : taper sur ses adversaires (Sarkozy, Le Pen) et ses concurrents (Hollande). L’ex-ministre socialiste préfère lancer des avertissements et des conseils au candidat du PS. Il oppose par exemple le poing fermé, « un vrai signe de ralliement », au geste de haka créé par l’équipe de communication socialiste, qui signifierait « radio du thorax« , selon le traducteur en langage des signes qui se tient à ses côtés. Ces déclarations plaisent au public. Cela se vérifie lorsqu’il tape sur Marine Le Pen, qui lui dispute l’électorat ouvrier. Le fin lettré qu’il est lui a dédicacé un vers de Victor Hugo : « La haine, c’est l’hiver du cœur« . L’homme sent qu’il arrive à faire passer son message. Par moment, des parallèles s’établissent avec la place Tahrir, lorsque les premiers rangs crient « Dégage » à l’évocation du nom du président sortant, ou avec les Indignés de New York, quand Mélenchon répète « Vous êtes les plus nombreux« , proche du « We are the 99% ». Certes, il n’appelle pas au Grand Soir, mais il prend date. Le 18 mars, début officielle des campagnes présidentielles, un grand meeting sera organisé sur la place de la Bastille, pour lancer « la révolution citoyenne qui se fera par les urnes et qui amènera la VIe République« . Il conclut en contant au public une page des Misérables de Victor Hugo, comme un père raconterait une histoire à ses enfants avant d’aller au lit : « S’il fallait choisir entre les barbares de la civilisation et les civilisés de la barbarie, nous choisirions les barbares !« . A 22h40, à peine l’Internationale et la Marseillaise chantées, Rachid employé d’Arkéma ressort du Double Mixte satisfait : « Il nous a dédié le meeting, ça nous fait plaisir. Ceux qui ont de la matière grise et un peu de jugeote ont tout compris ce soir ».

Mathieu Rollinger

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