Archives de Catégorie: Edito

Bertignac ne répond plus

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Louis Bertignac. Crédits TF1

« Ça n’engage que moi ». Mon petit Louis, je me souviens t’avoir laissé bien haut dans mon estime. Et là, samedi, la neige et la fatigue ayant douché mes ambitions festives, je te retrouve vautré dans ton trône pivotant, t’adonnant à cette traque stérile du talent vocal de demain. Toi qui as réussi ton coup avec Téléphone, tu ne m’inspires plus que le coup de Bottin. Lire la suite

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L’UMP à l’âge de la crise pré-adolescente ?

Billet. Voilà dix ans que Jacques Chirac, conscient de devoir sa réélection à une union sacrée pour barrer la route à Jean-Marie le Pen, a créé l’UMP. Cet appareil partisan succède le 17 novembre 2002 au RPR, gaulliste et conservateur. Chirac accueille alors dans sa structure les démocrates libéraux d’Alain Madelin et certains centristes de l’UDF, préférant suivre Philippe Douste-Blazy plutôt que François Bayrou. Aujourd’hui, l’arbre tricolore, symbole du parti, est bien fissuré. La faute aux déforesteurs Copé et Fillon et à une campagne pour la présidence de l’UMP plutôt sanglante. Mais au vu de cette incroyable soirée du dimanche 18 novembre, jour d’élection, les événements antérieurs paraissent fades. Le « pain au chocolat » du décomplexé Copé contre le « rassemblement » de l’éclopé Fillon, un combat viril mais correct. La course dominicale à celui qui sortirait le plus vite du bois en criant victoire a gâté les téléspectateurs des chaînes d’information en continu. Quand Rachida Dati répondait à Valérie Pécresse, Marc-Philippe Daubresse à Eric Ciotti, chacun affirmant que son camp l’emportait, où donner de la tête ? Qui croire ? Le vainqueur de la soirée a été le mot « ubuesque », utilisé à tout bout de champ par les envoyés spéciaux, comme Julien Arnaud d’I-télé, sur place de 8h30 à 8h le lendemain – 24 heures de correspondance rue de Vaugirard, ça use !

Dessin de Baudry

Il a fallut attendre le mardi matin et la désormais célèbre Cocoe, la commission chargée de superviser l’élection, pour avoir le mot de la fin : Copé devance Fillon de 98 voix. Une situation aussi délicate que celle qu’avait connue le Parti Socialiste lors de la lutte entre Martine Aubry et Ségolène Royal au congrès de Reims en 2008. Après une élection présidentielle perdue, déjà. Le maire de Meaux, premier secrétaire sortant, est le premier président élu à la tête de l’UMP depuis Nicolas Sarkozy en 2004. Le parti avait été alors confisqué aux chiraquiens et jupéistes par les escouades sarkozystes. Groupe de soutien sans faille au charismatique et incontesté Sarkozy lors de son mandat présidentiel, c’est sur les braises de la défaite dans les joutes électorales de 2012, que l’UMP se mit à chercher un leader. L’ex-fidèle Premier Ministre, avait alors voulu saisir l’occasion de se placer pour 2017. Mais c’était alors sans compter sur le virage droitier qu’a pris l’UMP depuis les années Buisson-Guéant. L’outsider Jean-François Copé, porté par la « Droite Forte » des jeunes loups Guillaume Peltier et Geoffroy Didier, a osé assumer cette tendance pour séduire les militants et rafler la mise. Mais la maison UMP devra en premier lieu s’affairer à reconstruire ses fondations fragilisées, ouverte aux quatre vents, notamment de la brise UDI de Borloo et de la bourrasque FN. Il y en a un au moins qui a dû observer ce capharnaüm avec un petit sourire au bord des lèvres, sachant que son aura n’est pas prête de s’estomper.

Bonus : Petit hommage satirique au vainqueur.

Mathieu Rollinger

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En passant par la Lorraine avec des rabots

Edito. Le 1er octobre, la sanction tombe. L’Etat a 60 jours pour trouver un repreneur pour le site d’Arcelor Mittal, basé à Florange (57). sous peine de voir le groupe fermer les hauts-fourneaux de l’une des dernières usines sidérurgiques de Lorraine.

Les salariés occupent l’usine de Florange depuis début 2012.

Le système, les industriels et le gouvernement rabotent. Ils lissent les superflus. Ils suppriment les éléments obsolètes. Autrement dit, ils sont en train de détruire cet ouvrage d’art centenaire qu’est la sidérurgie lorraine. Les membres de la famille de Wendel doivent se retourner dans leur tombe en voyant la lapidation de leur héritage industriel. Le groupe européen Arcelor est né en 2001 de la fusion d’Acéralia, Arbed et Usinor. Mittal, quant à lui, est un groupe sidérurgique, dirigé par le milliardaire indien Lakshmi Mittal, qui a pris de l’ampleur dans les années 1990. C’est en 2006 que le géant indien annonce une OPA  de grande envergure et hostile sur Arcelor, contraint d’abdiquer face aux réalités du jeu de l’économie capitaliste. L’entreprise européenne ne pouvait rien faire surtout que les marchés étaient du côté de Mittal. Et dès septembre 2006, le groupe Arcelor Mittal entre au CAC 40. Arcelor Mittal est rapidement devenu un leader sur le marché de la sidérurgie, vendant ses produits à tout les secteurs « aciérivores » (automobile, bâtiments). Le groupe est présent sur quasiment tous les continents et connait une très forte croissance de son chiffre d’affaire.

Le pot de fonte contre le pot de fric

Six ans plus tard, c’est un coup dur pour les ouvriers d’Arcelor Mittal. Au début du mois de septembre, le Comité Central d’entreprise a annoncé la fermeture des hauts-fourneaux du site de Florange. Après des mois de lutte, le couperet tombe, comme si la Lorraine avait besoin de ça. La région a connu pendant un siècle la croissance, l’opulence général, portée par cette industrie sidérurgique et minière. C’est un passé glorieux, où les terres lorraines produisaient la majeure partie de la fonte française. Mais les années 1970-1980 ont déjà mis un premier coup de pied dans la fourmilière. Tout un monde construit socialement autour de l’usine, depuis le XIXe siècle, qui est enfouit dans les galeries ou fondu dans la modernisation et la mondialisation. La faute aux pays émergents produisant la fonte et l’acier à des prix plus bas. La France n’a su conserver son industrie tout en la modernisant pour être compétitive. Ce pays historiquement lié aux usines et au travail agricole a préféré se tertiariser, devenant un pays de banques, d’assurances ou d’autres joyeusetés financières, spécialités des paradis fiscaux, de la City de Londres et du Luxembourg. Aujourd’hui, l’Hexagone est complexé par sa faiblesse industrielle, au lieu de s’appuyer sur cette force pour sortir de la crise et jouer dans la cour des grands.

La Fensch perd son Coeur d’Acier 

C’est dans ce contexte désenchanté que se battent les ouvriers de Florange. Le groupe Arcelor Mittal a décidé d’arrêter les activités chaudes de l’usine, c’est-à-dire la production d’acier par les hauts-fourneaux. Paradoxalement, on ampute préalablement le cœur de l’usine alors que le groupe conserve les productions à froid (laminage, travail de l’acier). L’activité du site de Florange sera très faible et voit sa fin définitive approcher inexorablement. François Hollande ne veut pas d’un arrêt des hauts-fourneaux, s’étant engagé lors de la campagne présidentielle. Le Comité Central du groupe lui a rapidement passé la patate chaude avec cet ultimatum de soixante jours pour trouver un repreneur pour les activités chaudes et la cokerie. Le Président et son Ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, cherchent alors une solution. L’espoir de voir tomber du ciel un vrai industriel qui joue à l’intérieur (France, Europe) et qui y connait en sidérurgie, relève maintenant du miracle. Il est temps pourtant que les vrais entrepreneurs reprennent les rênes des industries du pays aux administrateurs ou fonds de pension qui obéissent à la logique ultralibérale de profits immédiats. Les hauts-fourneaux ne tournent plus depuis un an déjà et plus de 600 ouvriers se retrouveraient sur la paille si le gouvernement échouait. Les « Mains d’Or » (comme dans l’hymne de Bernard Lavilliers), menées par le médiatique Edouard Martin, représentant de la CFDT locale, se battent au quotidien pour l’avenir du site. Certains en appellent au courage de Montebourg pour nationaliser l’entreprise, mais cette idée n’est pas sur la table.

Florange, seule contre tous ?

Dans le paysage médiatique français et lorrain, peu croient au sauvetage de ces ouvriers, par résignation sûrement. Mais il faut se battre car  la France a besoin de cette industrie pour relever la tête. Il y a plus d’un siècle de savoir faire sur ces terres lorraines pour produire un acier de qualité. L’Etat doit reprendre l’autorité et faire plier Mittal. Nationalisation ? Embargo ? Ou une pacifique aide à l’investissement ? Selon Jean-Pierre Jouyet, futur patron de la Banque Publique d’Investissement, le « canard boiteux » n’aura pas le droit à une atèle.  En parfait bourreau, il va simplement lui couper la jambe. A quoi sert la BPI ? A aider les PME, sur lesquelles se repose une bonne partie de l’activité économique française. Pourtant, c’est toute l’activité française qui doit être aidée. Messieurs Mittal, Jouyet et Montebourg devraient faire une lecture commune de La sidérurgie française de Claude Prêcheur. Ils verraient par eux-mêmes que la Lorraine est une terre d’acier. Lorraine Cœur d’acier, l’acier lorrain vivra.

Pierre Toussenot

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Dépucelage présidentiel

Edito. François Hollande a entrouvert une brèche sur l’espoir. Il est temps de refermer cette rubrique qui en quelques sortes était le carnet de ma première élection présidentielle en tant qu’électeur.

Jeunesse désabusée ou jeunesse plein d’espoir ? – M. Rollinger

« Attendez que la gauche passe, vous allez voir… en 2012« , clamait de façon étrangement prémonitoire Coluche en 1979. Et bien moi, j’ai attendu 2012 pour voir une élection présidentielle en étant réellement concerné, investit du devoir suprême du citoyen: voter. Vues des yeux d’un adolescent, les joutes électorales sont comme un match de coupe de l’UEFA Bilbao-Madrid, intéressantes mais sans passion. Mais c’est quand on vous confie la responsabilité de choisir untel ou untel que l’affaire se corse. Les personnes de mon âge, peuvent en témoigner. Élevés avec la montée du Front National en fond sonore, n’ayant jamais vécu sous le mandat d’un président autre que de droite, du moins en en ayant conscience (nous étions encore innocents en 1995), notre éducation politique n’a pas de quoi nous rendre euphoriques. Pourtant aujourd’hui, les urnes ont montré qu’une partie d’entre nous croit à une autre politique que celle qui dominait jusqu’ici. Peut-être avons nous été déçus ? Peut-être avons nous découvert le stratagème ? Peut-être espérons nous un autre avenir que de devoir se mettre en tête, dès demain, que tous les efforts que nous ferons serviront à rembourser la dette, statistiquement produite par nos aïeux, qui eux ont sacrément profité pendant les 30 Glorieuses ?

Ces doutes, cette rancœur des jeunes envers le monde politicien peut se traduire par trois comportements : la démobilisation en adoptant la politique de l’autruche qui amène à l’abstention, l’espoir de changer la donne en permettant à l’opposition de s’exprimer et proposer son projet, ou s’abandonner aux idéologies de l’extrémisme. A mon sens, une seule est valable. Porter un nouveau mouvement au pouvoir, renverser l’ordre établi, ne pas rester figé face aux difficultés, ne pas avoir le pardon trop facile, ce sont ces valeurs qui doivent nous animer. Le conservatisme n’est pas de notre âge. A nous d’oser, de tenter, d’innover, de se battre pour des idéaux. François Hollande a su s’adresser à la jeunesse, en faire une de ses priorités. Ne nous jetons pas corps et âme dans le culte de ce président si différent de l’ancien. Mais, il faut croire à ce que les lignes peuvent maintenant bouger. Profitons-en, parce que la prochaine fois, nous ne serons plus les rookies de l’élection. La magie sera passée, l’émerveillement aura disparu et nous devrons voter pour celui qui nous accordera le plus d’exonération d’impôt parce qu’il faudra rembourser le crédit de la maison.  Attendez que la droite revienne, vous allez voir… en 2022.

Hope - T. Campagne

La jeunesse espérant ne plus être désabusée – Crédits : T. Campagne

Mathieu Rollinger

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